La salle brillait sous les immenses lustres de cristal.
Au centre de la réception, un gigantesque gâteau blanc décoré de roses roses trônait sur une table ronde.
Autour, les invités applaudissaient.
Élise souriait, magnifique dans sa longue robe argentée. Son diadème scintillait sous les lumières, et sa main reposait dans celle d’Adrien.
— À votre bonheur ! cria quelqu’un.
Adrien leva sa coupe.
— À notre avenir.
Élise lui sourit tendrement.
Tout semblait parfait.
Jusqu’à ce que les grandes portes s’ouvrent brutalement.
BAM !
Tous les regards se tournèrent.
Camille entra dans la salle.
Toujours vêtue de son uniforme de femme de ménage, elle respirait vite. Son visage était tendu, ses yeux remplis de colère.
— ARRÊTEZ CETTE FÊTE !
La musique s’interrompit.
Adrien fronça les sourcils.
Élise, elle, se raidit immédiatement.
— Sortez-la ! cria-t-elle.
Camille continua d’avancer.
— Personne ne touche au gâteau.
Un murmure parcourut la salle.
Adrien regarda Camille.
— Pourquoi ?
Camille pointa Élise du doigt.
— Parce qu’elle a mis un somnifère dedans.
Le silence fut instantané.
Adrien devint livide.
— Quoi ?

Élise éclata d’un rire nerveux.
— C’est absurde.
Camille sortit son téléphone.
— J’ai tout filmé.
Le sourire d’Élise disparut.
— Tu mens.
— Vraiment ?
Camille déverrouilla son écran.
Élise fit un pas en arrière.
Adrien le remarqua.
— Élise ?
— Mon amour, écoute-moi.
— Pourquoi tu recules ?
— Parce que cette fille est folle !
Camille s’approcha encore.
— Montre-lui ton sac.
Élise pâlit.
— Quoi ?
— Ton sac argenté.
Adrien tourna lentement la tête.
— Élise…
— Je n’ai rien fait !
Camille leva son téléphone.
— Alors regarde.
Elle lança la vidéo.
Sur l’écran, on voyait Élise entrer seule dans la salle quelques heures plus tôt.
Elle regardait autour d’elle.
Puis sortait un petit flacon de son sac.
Elle versait une poudre dans une préparation destinée au gâteau.
Adrien resta figé.
— Mon Dieu…
Élise secoua la tête.
— Ce n’est pas ce que tu crois.
— Je viens de te voir faire.
— Je peux expliquer.
— Alors explique.
Élise ouvrit la bouche.
Aucun mot ne sortit.
Camille serra les dents.
— Elle savait que plusieurs personnes mangeraient ce gâteau.
Les invités commencèrent à reculer.
Adrien fixa Élise.
— Pourquoi ?
Elle pleurait maintenant.
— Adrien, je t’aime.
— Pourquoi as-tu mis quelque chose dans le gâteau ?
— Ce n’était pas dangereux.
— Alors pourquoi l’as-tu caché ?
Élise essuya ses larmes.
— Je voulais seulement que certains invités soient fatigués.
Camille éclata d’un rire amer.
— Certains invités ?
— Oui.
— Dis-lui lesquels.
Élise fixa Camille.
— Tais-toi.
— Tu as peur ?
— Tais-toi !
Camille s’approcha.
— Elle ne voulait pas endormir tout le monde.
Adrien fronça les sourcils.
— Alors qui ?
Camille tourna son téléphone.
Une autre vidéo apparut.
Cette fois, Élise parlait au téléphone dans un couloir.
Sa voix était claire.
— Après le dessert, ils seront incapables de rester éveillés. Vous aurez le temps d’entrer dans le bureau.

Adrien releva brusquement les yeux.
— Quel bureau ?
Élise devint blanche.
Camille répondit :
— Celui de ton père.
Le visage d’Adrien se décomposa.
— Pourquoi quelqu’un voudrait entrer dans le bureau de mon père ?
Élise sanglota.
— Adrien…
— Réponds-moi !
— Je voulais protéger notre avenir.
— En droguant mes invités ?
Camille secoua la tête.
— Elle ne protège pas votre avenir.
Puis elle regarda Élise.
— Elle essaie de voler quelque chose.
Adrien se tourna vers elle.
— Quoi ?
Camille hésita.
— Des documents.
Élise cria :
— Tu ne sais rien !
— J’en sais assez.
Camille fit défiler la vidéo.
Une nouvelle séquence apparut.
Élise parlait avec un homme que la caméra ne montrait que de dos.
— Les documents doivent disparaître avant le mariage.
La voix masculine répondit :
— Et si Adrien les trouve avant ?
Élise murmura :
— Alors tout sera fini.
Adrien semblait ne plus respirer.
— Quels documents ?
Camille regarda Élise.
— Dis-lui.
— Non.
— Très bien.
Camille ouvrit son téléphone.
— Je vais le faire.
Élise se précipita.
— NON !
Camille recula.
Dans le mouvement, Élise tenta de lui arracher le téléphone.
Camille la repoussa.
Élise trébucha contre la table du gâteau.
La salle explosa en cris.
Camille, furieuse, saisit son poignet.
— Tu voulais faire taire tout le monde avec ce gâteau ?
Puis elle poussa brutalement la tête d’Élise dans la crème.
SPLASH !
— Alors mange-le !
Les invités reculèrent.
Adrien resta pétrifié.
Élise releva la tête, couverte de crème.
— Espèce de folle !
Camille pointa le gâteau.
— Ne vous inquiétez pas. Cette partie n’a pas été contaminée.
Adrien regarda Camille.
— Comment tu sais ça ?
— Parce que je l’ai suivie.
— Depuis combien de temps ?
Camille hésita.
Puis répondit :
— Trois semaines.
Adrien fronça les sourcils.
— Pourquoi une femme de ménage surveillerait ma fiancée pendant trois semaines ?
Cette fois, Camille resta silencieuse.
Élise eut un sourire étrange sous la crème.
— Vas-y.
Camille se tourna vers elle.
— Dis-lui qui tu es vraiment.
Adrien regarda les deux femmes.
— Qu’est-ce que ça signifie ?
Camille baissa lentement son téléphone.
— Je ne suis pas femme de ménage.
Le murmure des invités reprit.
Adrien fixa son uniforme.
— Alors qui es-tu ?
— Enquêtrice privée.
Élise ferma les yeux.
Adrien resta figé.
— Qui t’a engagée ?
Camille regarda vers le fond de la salle.
Un homme âgé se leva lentement.
Henri.
Le père d’Adrien.
Adrien pâlit.
— Papa ?
Henri s’approcha.
— Moi.
Adrien recula.
— Tu faisais surveiller Élise ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Henri regarda la jeune femme couverte de crème.
— Parce que je connaissais son vrai nom.
Élise cessa de respirer.
Adrien fronça les sourcils.
— Son vrai nom ?
— Élise ne s’appelle pas Élise Martin.
Henri sortit une enveloppe.
— Elle s’appelle Élise Vernier.
Plusieurs invités se regardèrent.
Adrien, lui, semblait perdu.
— Et alors ?
Henri répondit :
— Son père s’appelait Paul Vernier.
Adrien devint blanc.
— Le comptable de l’entreprise ?
— Oui.
— Celui qui a disparu il y a quinze ans ?
Henri hocha la tête.
Élise murmura :
— Il n’a pas disparu.
Tout le monde se tourna vers elle.
— Il a été détruit.
Henri fronça les sourcils.
— Par qui ?
Élise regarda Adrien.
Puis Henri.
— Par votre famille.
Adrien secoua la tête.
— Non.
— Mon père avait découvert des comptes cachés.
— Quels comptes ?
— Ceux de ta famille.
Henri intervint :
— C’est faux.
Élise éclata d’un rire tremblant.
— Vraiment ?
Elle essuya la crème sur son visage.
Puis sortit une petite clé de sa robe.
— Alors pourquoi cette clé ouvre-t-elle votre coffre privé ?
Henri pâlit.
Adrien regarda son père.
— Papa ?
Henri resta silencieux.
Camille, elle, regarda Élise avec surprise.
— Je ne savais pas que tu avais ça.
Élise répondit :
— Parce que tu ne sais pas tout.
Adrien se rapprocha.
— Qu’y a-t-il dans ce coffre ?
Élise serra la clé.
— La preuve.
— De quoi ?
— Que mon père ne s’est jamais enfui avec l’argent.
Henri blêmit.
— Élise…
— Il avait découvert que quelqu’un détournait des millions.
Adrien regarda son père.
— C’était toi ?
— Non.
Élise répondit :
— Pas lui.
Adrien fronça les sourcils.
— Alors qui ?
Élise regarda lentement Camille.
Cette dernière se raidit.
— Pourquoi tu me regardes ?
Élise sourit tristement.
— Parce que tu n’as toujours pas compris pourquoi j’ai drogué le gâteau.
Camille pâlit.
Adrien demanda :
— Qu’est-ce qu’elle veut dire ?
Élise posa la clé sur la table.
— Je ne voulais pas voler des documents.
— Alors quoi ?
— Je voulais les empêcher de sortir.
Henri fixa la clé.
— Quels documents ?
Élise regarda Camille.
— Ceux qu’elle devait voler pendant que tout le monde dormait.
Camille devint blanche.
— C’est faux.
Élise rit doucement.
— Vraiment ?
Elle sortit son propre téléphone.
— Moi aussi, j’ai filmé.
Le silence devint absolu.
Élise lança une vidéo.
Cette fois, on voyait Camille entrer dans le bureau d’Henri.
Elle ouvrait un tiroir.
Photographiait plusieurs documents.
Puis les envoyait à quelqu’un.
Adrien regarda Camille avec horreur.
— Tu étais engagée par mon père.
— Oui.
— Alors pourquoi fouillais-tu dans son bureau ?
Camille resta muette.
Henri murmura :
— Camille…
— Je peux expliquer.
Élise essuya encore son visage.
— Maintenant, c’est ton tour.
Camille recula.
— Tu ne comprends pas.
— Alors explique-nous.
Adrien serra les poings.
— À qui envoyais-tu les photos ?
Camille baissa les yeux.
Élise répondit à sa place :
— À Paul Vernier.
Henri chancela.
— Impossible.
Adrien se figea.
— Le père d’Élise ?
Élise ne souriait plus.
— Oui.
— Mais il a disparu il y a quinze ans.
— Il est vivant.
Un cri étouffé parcourut la salle.
Henri devint livide.
— Où est-il ?
Camille ferma les yeux.
— Trop près.
À cet instant, les grandes portes de la salle s’ouvrirent.
Un homme d’une cinquantaine d’années entra.
Cheveux gris.
Visage fermé.
Costume sombre.
Élise le regarda.
Ses jambes semblèrent presque céder.
— Papa…
Adrien tourna la tête.
Henri resta pétrifié.
L’homme avança lentement.
— Bonsoir, Henri.
Henri recula.
— Paul…
Paul regarda le gâteau.
Puis Camille.
Puis sa fille.
— Je vois que la soirée ne s’est pas déroulée comme prévu.
Adrien demanda :
— Qu’est-ce qui se passe ici ?
Paul s’arrêta devant lui.
— Ce qui se passe ?
Il sortit un dossier.
— C’est que votre fiancée n’essayait pas de vous empoisonner.
Adrien fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Elle essayait de gagner du temps.
Élise ferma les yeux.
Paul continua :
— Parce qu’elle savait que quelqu’un allait profiter du dessert pour entrer dans le coffre de votre père.
Adrien regarda Camille.
Puis Henri.
— Et ces documents ?
Paul posa le dossier sur la table.
— Ils ne prouvent pas que votre père a volé de l’argent.
Henri releva la tête.
— Alors qu’est-ce qu’ils prouvent ?
Paul fixa Camille.
— Qu’une personne présente ici a utilisé nos deux familles pendant quinze ans.
Camille devint blanche.
Adrien demanda :
— Qui ?
Paul ouvrit le dossier.
À l’intérieur se trouvait une photographie.
Camille enfant.
À côté d’elle, une femme.
Adrien ne comprenait pas.
Élise, elle, pâlit.
— Cette femme…
Paul hocha la tête.
— Oui.
Henri murmura :
— Impossible.
Camille commença à pleurer.
Adrien regarda les trois.
— Qui est-ce ?
Paul répondit :
— La mère d’Élise.
Puis il regarda Camille.
— Et aussi la mère de Camille.
Le silence fut total.
Élise fixa Camille.
— Quoi ?
Camille secoua la tête.
— Je ne savais pas.
Paul répondit :
— Si.
— Non !
— Tu ne savais seulement pas toute la vérité.
Élise regarda Camille comme si elle la voyait pour la première fois.
— Tu es ma sœur ?
Paul resta silencieux.
Adrien murmura :
— Alors pourquoi Camille enquêtait-elle contre Élise ?
Paul tourna lentement la tête vers Henri.
— Parce qu’on lui a fait croire que sa sœur était responsable de la disparition de leur mère.
Henri ferma les yeux.
Élise sentit sa respiration s’accélérer.
— Qui lui a fait croire ça ?
Paul fixa quelqu’un au fond de la salle.
Tous suivirent son regard.
Une femme élégante venait de se lever lentement.
La mère d’Adrien.
Geneviève.
Son visage était parfaitement calme.
Trop calme.
Adrien pâlit.
— Maman ?
Paul répondit :
— Voilà la personne qui savait depuis le début pourquoi ce gâteau devait empêcher certains invités de rester éveillés.
Geneviève posa tranquillement sa coupe.
Puis sourit.
— Paul…
Il la fixa.
— Ça faisait longtemps.
Et à cet instant, Élise comprit que le vrai danger n’avait jamais été dans le gâteau.
