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Elles ont jeté la serveuse dans la piscine — puis deux voitures noires sont arrivées

La réception battait son plein autour de la grande piscine éclairée.

La villa, perchée sur les hauteurs de la Côte d’Azur, semblait sortie d’un magazine : façades blanches, palmiers, tables couvertes de nappes immaculées, coupes de champagne et invités en robes longues et smokings.

Camille avançait discrètement entre les groupes avec son plateau.

À vingt-sept ans, elle avait appris à devenir presque invisible lorsqu’elle travaillait.

Sourire.

Servir.

Ne jamais répondre aux remarques déplacées.

Ce soir-là, pourtant, elle sentait qu’on l’observait.

Isabelle.

Une femme élégante d’une cinquantaine d’années, vêtue d’une longue robe bleu-vert scintillante.

À côté d’elle se tenait Sophie, son amie, qui semblait trouver chaque commentaire d’Isabelle particulièrement amusant.

Lorsque Camille passa près d’elles, Isabelle prit une coupe.

Puis elle la regarda lentement de la tête aux pieds.

— Faites attention avec ce plateau.

Camille conserva son sourire professionnel.

— Bien sûr, madame.

Sophie eut un petit rire.

— Elle a l’air nerveuse.

Camille les entendit.

Elle ne répondit pas.

Elle fit simplement un pas pour continuer son service.

Isabelle se déplaça alors légèrement sur le côté, lui bloquant le passage.

— Vous êtes nouvelle ?

— Pour cette réception, oui.

— Cela se voit.

Camille serra légèrement les mâchoires.

— Puis-je vous apporter autre chose ?

Sophie sourit.

— De l’assurance, peut-être.

Les deux femmes rirent.

Camille inspira profondément.

Elle connaissait ce genre de personnes.

Celles qui confondaient le service avec la soumission.

Elle décida simplement de partir.

Mais lorsqu’elle passa près du bord de la piscine, Isabelle tendit le bras.

Personne ne sut exactement si elle l’avait poussée ou si elle lui avait volontairement coupé le passage.

Camille, elle, le savait.

Elle sentit une main heurter son épaule.

Son pied glissa.

Le plateau tomba.

Puis—

SPLASH.

Camille plongea brutalement dans l’eau.

Autour de la piscine, les conversations cessèrent.

Plusieurs invités éclatèrent de rire par réflexe.

D’autres détournèrent les yeux.

Camille remonta à la surface.

Ses cheveux, autrefois soigneusement attachés, collaient maintenant à son visage.

Sa chemise blanche était complètement trempée.

Le maquillage coulait légèrement sous ses yeux.

Elle regarda Isabelle.

La femme ne semblait même pas gênée.

— Vous devriez vraiment être plus prudente, dit-elle.

Camille resta silencieuse.

Elle nagea jusqu’au bord.

Un serveur voulut lui tendre la main, mais Isabelle lança :

— Laissez-la. Elle est parfaitement capable de sortir seule.

Camille se hissa hors de l’eau.

Ses chaussures laissaient de petites flaques sur le sol en pierre.

Elle se releva lentement.

Plusieurs invités la regardaient.

Certains chuchotaient.

Sophie posa une main devant sa bouche pour dissimuler un sourire.

Camille fixa Isabelle.

— Vous avez fait ça exprès.

Le sourire d’Isabelle disparut légèrement.

— Faites attention à la manière dont vous me parlez.

— Vous m’avez poussée.

— Vous avez perdu l’équilibre.

— Je vous ai sentie me pousser.

Isabelle s’approcha.

— Vous travaillez ici.

Camille ne bougea pas.

— N’oubliez pas votre place.

Ces mots provoquèrent quelque chose d’étrange.

Camille ne sembla plus humiliée.

Plus blessée.

Son visage devint simplement calme.

— Ma place ?

Isabelle croisa les bras.

— Exactement.

Sophie intervint :

— Isabelle, laisse tomber. Elle va finir par faire une scène.

Camille regarda les deux femmes.

Puis elle posa calmement son plateau vide sur une table.

Elle sortit son téléphone de la poche de son tablier.

Isabelle éclata de rire.

— Vous allez appeler votre responsable ?

Camille ignora la remarque.

Elle composa un numéro.

Quelqu’un répondit presque immédiatement.

— Allô ?

Camille regarda Isabelle droit dans les yeux.

— C’est moi.

Silence.

— Venez maintenant.

Elle raccrocha.

Isabelle fronça les sourcils.

— Qui venez-vous d’appeler ?

Camille rangea son téléphone.

— Vous le verrez.

Sophie leva les yeux au ciel.

— Quelle comédie.

Camille ne répondit plus.

Elle resta simplement près de la piscine, trempée, tandis que les invités reprenaient lentement leurs conversations.

Mais quelques minutes plus tard, de puissants phares apparurent derrière les grilles de la propriété.

Les conversations s’arrêtèrent une nouvelle fois.

Deux voitures noires pénétrèrent lentement dans l’allée.

Isabelle regarda vers l’entrée.

— C’est quoi, ça ?

Camille ne bougea pas.

Les voitures s’arrêtèrent devant la terrasse.

Des portières s’ouvrirent.

Quatre hommes en costume sortirent.

Puis une femme d’une soixantaine d’années descendit de la première voiture.

Élégante.

Droite.

Visiblement habituée à ce qu’on lui ouvre les portes.

Isabelle devint soudain livide.

— Non…

Sophie se tourna vers elle.

— Tu la connais ?

Isabelle ne répondit pas.

La femme avançait déjà vers la piscine.

Autour d’elle, plusieurs invités commencèrent à chuchoter.

— C’est Madame Delacourt.

— La propriétaire ?

— Je croyais qu’elle était à Genève.

Camille baissa légèrement les yeux.

La femme arriva devant elle.

Son expression changea immédiatement lorsqu’elle vit l’uniforme trempé.

— Camille ?

— Bonsoir, maman.

Le silence devint total.

Isabelle fixa Camille.

Puis Madame Delacourt.

Puis de nouveau Camille.

— Maman ? répéta Sophie.

Camille ne quittait pas Isabelle des yeux.

Madame Delacourt retira son châle et le posa sur les épaules de sa fille.

— Qui a fait ça ?

Camille hésita.

Isabelle intervint immédiatement.

— C’était un accident.

Camille la regarda.

— Non.

La voix d’Isabelle trembla.

— Cette jeune femme a glissé.

Madame Delacourt tourna lentement les yeux vers elle.

— Cette jeune femme ?

Isabelle pâlit.

— Je… je ne savais pas.

Camille eut un petit rire sans joie.

— C’est justement le problème.

Madame Delacourt regarda sa fille.

— Explique-moi.

Camille raconta tout.

Le plateau.

Les remarques.

Le mépris.

Puis la poussée.

Lorsqu’elle eut terminé, Madame Delacourt resta silencieuse quelques secondes.

Isabelle se précipita pour parler.

— Je suis vraiment désolée. Si j’avais su qui elle était—

Camille l’interrompit.

— Si vous aviez su qui j’étais ?

Isabelle se figea.

Camille poursuivit :

— Vous auriez été gentille avec moi ?

Personne ne répondit.

— Mais vous pensiez que j’étais simplement une serveuse.

Isabelle baissa les yeux.

Camille secoua la tête.

— Alors ce n’est pas moi que vous respectez.

Elle regarda sa robe trempée.

— C’est mon nom.

Madame Delacourt tourna son attention vers Isabelle.

— Je crois que vous devez partir.

Isabelle regarda autour d’elle.

— Vous ne pouvez pas me mettre dehors.

— Si.

Elle indiqua calmement la villa.

— C’est ma propriété.

Un nouveau silence tomba.

Sophie fit un pas en arrière.

Isabelle serra les dents.

— Très bien.

Elle se retourna.

Mais Camille parla.

— Attendez.

Isabelle s’immobilisa.

Camille sortit une petite carte plastifiée de sa poche.

— Vous m’avez demandé de me souvenir de ma place.

Isabelle la fixa.

Camille lui tendit la carte.

Isabelle lut.

Son expression changea.

La carte ne portait pas le nom d’une société de restauration.

Elle portait celui du Groupe Delacourt.

Et sous le nom de Camille :

Directrice générale adjointe.

Sophie ouvrit de grands yeux.

Isabelle resta muette.

Camille reprit :

— Je ne suis pas serveuse.

Isabelle fronça les sourcils.

— Alors pourquoi cet uniforme ?

Camille regarda sa mère.

Puis les invités.

— Parce que cette réception sert aussi à évaluer l’entreprise qui gère le personnel de nos propriétés.

Madame Delacourt ajouta :

— Camille voulait observer elle-même la manière dont les employés étaient traités.

Isabelle devint blanche.

Camille poursuivit :

— Vous n’étiez pas la seule personne observée ce soir.

Sophie recula.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Camille ne répondit pas immédiatement.

Elle regarda vers la deuxième voiture noire.

Un homme venait d’en sortir avec plusieurs dossiers sous le bras.

Isabelle le reconnut.

Et son visage se décomposa.

— Non.

Camille remarqua sa réaction.

— Vous le connaissez ?

L’homme approcha.

— Bonsoir, Madame Beaumont.

Isabelle semblait incapable de respirer.

Camille fronça les sourcils.

— Maman… qui est-ce ?

Madame Delacourt répondit calmement :

— Notre directeur juridique.

Camille regarda Isabelle.

Le directeur juridique ouvrit son dossier.

— Madame Beaumont, nous devions justement vous parler.

Isabelle secoua la tête.

— Pas ici.

— Pourquoi ?

Il sortit une feuille.

— Parce que plusieurs paiements effectués depuis l’une de nos sociétés au cours des dix-huit derniers mois semblent liés à une entreprise enregistrée à votre nom.

Sophie regarda brutalement son amie.

— Isabelle ?

Camille oublia soudain complètement la piscine.

— Quels paiements ?

Isabelle recula.

— Ce n’est pas ce que vous croyez.

Le directeur juridique poursuivit :

— Nous avons découvert les virements cet après-midi.

Camille regarda sa mère.

— C’est pour ça que vous êtes venue ?

Madame Delacourt hocha la tête.

— En partie.

Puis elle regarda Isabelle.

— Mais maintenant que j’ai vu comment cette femme traite ma fille lorsqu’elle pense qu’elle n’est qu’une employée…

Elle marqua une pause.

— J’ai soudain très envie d’entendre son explication concernant le reste.

Isabelle devint livide.

Camille croisa les bras.

— Alors ?

Isabelle regarda autour d’elle.

Les invités.

Sophie.

Les hommes en costume.

Le dossier.

Puis Camille, encore trempée.

Quelques minutes plus tôt, Isabelle l’avait humiliée en public parce qu’elle croyait être en position de pouvoir.

Maintenant, elle comprenait que la femme qu’elle avait jetée dans la piscine pouvait être celle qui déciderait de son avenir.

Camille s’approcha lentement.

— Vous vouliez que je me souvienne de ma place.

Isabelle ne répondit pas.

Camille regarda le dossier.

Puis elle leva les yeux.

— Maintenant…

Un léger sourire apparut sur son visage.

— Je crois qu’il est temps de découvrir la vôtre.

Et pour la première fois de la soirée, Isabelle ne trouva absolument rien à répondre.

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