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Elles l’ont fait tomber dans la piscine — mais quelques minutes plus tard, tout un convoi est arrivé pour elle

La réception brillait de mille lumières autour de la grande piscine.

Des invités élégants discutaient près des tables décorées de fleurs blanches, un orchestre jouait doucement, et les serveurs circulaient entre les groupes avec des plateaux de champagne.

Élise avançait prudemment au bord de l’eau.

Elle travaillait à l’accueil de l’établissement depuis quelques semaines seulement. Discrète, polie, toujours impeccable, elle attirait peu l’attention.

Sauf celle de Victoria.

Depuis le début de la soirée, Victoria la regardait avec mépris.

— Regarde-la, murmura-t-elle à Sophie. Elle se donne des airs.

Sophie sourit.

— C’est juste une employée.

Victoria leva légèrement son verre.

— Justement.

Quand Élise passa devant elles, Victoria tendit discrètement le pied.

Élise heurta sa cheville.

— Attendez—

Elle perdit l’équilibre.

SPLASH !

Son corps disparut dans l’eau.

Les conversations s’arrêtèrent une seconde.

Puis Victoria éclata de rire.

Sophie l’imita.

— Mon Dieu, tu aurais dû voir ta tête !

Élise remonta à la surface.

Ses cheveux collaient à son visage.

Ses vêtements trempés devenaient lourds.

Elle fixa les deux femmes.

— Vous l’avez fait exprès.

Victoria haussa les épaules.

— Tu devrais regarder où tu mets les pieds.

Sophie ricana.

— Au moins, elle aura pris une douche ce soir.

Quelques invités rirent eux aussi.

Élise sentit ses yeux se remplir de larmes.

Mais elle refusa de pleurer devant eux.

Elle s’agrippa au bord de la piscine.

Personne ne lui tendit la main.

Elle sortit seule.

L’eau coulait de sa jupe et formait une flaque à ses pieds.

Victoria croisa les bras.

— Alors ? Tu vas te plaindre à ton patron ?

Élise baissa les yeux quelques secondes.

Puis releva lentement la tête.

Son expression avait changé.

La honte avait disparu.

À sa place, il y avait un calme presque inquiétant.

— Qu’est-ce que tu regardes ? demanda Victoria.

Élise répondit :

— Rien.

Puis elle ajouta :

— Je voulais simplement être certaine de me souvenir de votre visage.

Le sourire de Victoria diminua.

— C’est une menace ?

Élise ne répondit pas.

Elle sortit son téléphone.

Un seul numéro.

Quelqu’un décrocha immédiatement.

— Madame ?

Victoria fronça les sourcils.

Élise la regarda droit dans les yeux.

— C’est moi.

Une courte pause.

— Faites entrer tout le monde.

Puis elle raccrocha.

Sophie regarda Victoria.

— Tout le monde ?

Victoria ricana.

— Probablement sa famille.

Élise rangea son téléphone.

— Vous devriez peut-être garder votre énergie.

— Pour quoi ?

Élise tourna la tête vers les grilles.

— Vous allez bientôt en avoir besoin.

Quelques secondes passèrent.

Puis un bruit de moteur se fit entendre.

VROUM…

Un deuxième.

Puis un troisième.

Les invités se retournèrent.

Les grandes grilles de la propriété s’ouvrirent.

Une voiture noire entra.

Puis une deuxième.

Puis une troisième.

Derrière elles, tout un convoi.

Dix véhicules.

Puis quinze.

Puis davantage.

Tous avançaient lentement vers la réception.

Sophie baissa son verre.

— Victoria…

Cette fois, elle ne souriait plus.

— Quoi ?

— Je crois qu’ils viennent ici.

Victoria fixa Élise.

— Qui as-tu appelé ?

Élise resta silencieuse.

Les voitures s’arrêtèrent.

CLAC. CLAC. CLAC.

Les portières s’ouvrirent presque simultanément.

Des hommes et des femmes en costumes élégants descendirent.

Certains portaient des dossiers.

D’autres des mallettes.

Un homme aux cheveux gris marcha directement vers Élise.

Il ne regarda ni Victoria ni Sophie.

Il s’arrêta devant la jeune femme.

Puis inclina légèrement la tête.

— Madame Delcourt.

Le silence devint total.

Victoria cligna des yeux.

— Madame… quoi ?

L’homme poursuivit :

— Tout le conseil est arrivé comme vous l’avez demandé.

Élise hocha la tête.

— Merci, Maître Laurent.

Sophie porta une main à sa bouche.

— Maître ?

Victoria regarda Élise.

Puis les voitures.

Puis encore Élise.

— Qui êtes-vous ?

Élise prit une serviette qu’un employé venait de lui tendre.

Elle essuya lentement son visage.

— Il y a cinq minutes, ça ne vous intéressait pas.

Victoria serra les dents.

— Répondez-moi.

Élise la fixa.

— Je m’appelle Élise Delcourt.

Le nom produisit un murmure dans la foule.

Plusieurs invités se regardèrent.

Victoria pâlit.

— Delcourt ?

Un homme derrière elle murmura :

— Comme le groupe Delcourt ?

Élise hocha la tête.

— Exactement.

Le visage de Victoria changea.

— Mais vous travaillez ici.

— Oui.

— Comme réceptionniste.

— Temporairement.

Victoria secoua la tête.

— Ça n’a aucun sens.

Maître Laurent ouvrit un dossier.

— Madame Delcourt est l’héritière principale du groupe qui possède cet établissement.

Le verre de Sophie trembla.

Victoria resta immobile.

— Héritière ?

Élise répondit :

— Mon grand-père est mort il y a six mois.

— Et ?

— Il m’a laissé ses parts.

Victoria eut un rire nerveux.

— Donc tout ce spectacle est pour ça ?

— Non.

Élise regarda autour d’elle.

— Je suis venue travailler ici anonymement parce que je voulais comprendre pourquoi autant d’employés quittaient l’établissement.

Sophie fronça les sourcils.

Élise poursuivit :

— Les rapports officiels étaient parfaits.

— Mais les témoignages racontaient autre chose.

Elle regarda Victoria.

— Humiliations.

— Pressions.

— Clients autorisés à maltraiter le personnel sans conséquence.

Victoria répliqua :

— Vous voulez vraiment faire toute une histoire pour une chute dans une piscine ?

Élise répondit calmement :

— La piscine n’est pas le problème.

— Alors quoi ?

— Ce que vous avez fait parce que vous pensiez que personne d’important ne regardait.

Victoria se figea.

Élise leva les yeux vers une caméra placée sous la terrasse.

— Tout a été enregistré.

Sophie pâlit.

Victoria secoua la tête.

— Je ne l’ai pas poussée.

Élise haussa légèrement un sourcil.

— Je n’ai jamais dit que vous l’aviez poussée.

Victoria comprit trop tard.

— Je voulais dire—

— Inutile.

Maître Laurent referma son dossier.

— Nous avons la vidéo.

Les invités commencèrent à murmurer.

Victoria regarda autour d’elle.

— Très bien.

Elle tenta de retrouver son assurance.

— J’ai tendu le pied. Et alors ?

Élise la fixa.

— Merci.

— Pourquoi ?

— Pour les aveux.

Le visage de Victoria se ferma.

Puis un homme en costume sombre s’approcha.

— Madame Delcourt.

— Oui ?

— Les auditeurs ont terminé la première vérification.

Victoria tourna la tête.

Élise fronça les sourcils.

— Résultat ?

L’homme regarda Victoria.

— Nous avons trouvé plusieurs paiements suspects.

Le sourire de Victoria disparut.

— Quels paiements ?

— Vers une société appelée V.B. Consulting.

Sophie regarda Victoria.

— V.B. ?

Élise répondit :

— Victoria Beaumont.

Le visage de Victoria devint livide.

— C’est une société légale.

— Peut-être.

Élise croisa les bras.

— Mais elle a reçu près d’un million d’euros de cet établissement en trois ans.

Victoria serra les mâchoires.

— Pour des prestations.

— Lesquelles ?

— Conseil.

— Sur quoi ?

Silence.

— Je ne suis pas obligée de répondre devant tout le monde.

Élise se tourna vers Maître Laurent.

— Elle le sera devant les enquêteurs.

Victoria recula.

— Quels enquêteurs ?

Une autre voiture venait de s’arrêter.

Deux personnes en descendirent.

L’une portait un badge officiel.

Sophie murmura :

— Victoria…

— Tais-toi.

Élise continua :

— Lorsque mon grand-père est mort, il avait déjà commencé à examiner ces transactions.

Le visage de Victoria se raidit.

— Quel rapport ?

Élise sortit une petite enveloppe de la poche intérieure de son gilet.

— Il m’a laissé ça.

Victoria la regarda.

Son visage se vida de toute couleur.

Élise le remarqua.

— Vous reconnaissez cette enveloppe.

— Non.

— Vous venez pourtant de pâlir.

— Je ne sais pas ce qu’il y a dedans.

— Moi non plus.

Élise la retourna.

Une phrase était écrite au dos :

À ouvrir en présence de Victoria Beaumont.

Sophie recula.

— Pourquoi ton nom est dessus ?

Victoria ne répondit pas.

Maître Laurent murmura :

— Madame Delcourt, nous devrions peut-être ouvrir cela à l’intérieur.

Élise regarda Victoria.

— Non.

Puis elle déchira l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs photographies.

Et une clé USB.

Élise prit la première photo.

Son expression changea.

— Non…

Maître Laurent s’approcha.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Élise montra la photographie.

On y voyait son grand-père dans le parking de l’établissement.

À côté de lui…

Victoria.

La photo datait de la veille de sa mort.

Élise releva les yeux.

— Vous le connaissiez personnellement.

Victoria répondit immédiatement :

— Bien sûr. C’était le propriétaire.

— Vous étiez seule avec lui.

— Et alors ?

Élise prit une deuxième photo.

Cette fois, Victoria était près de la voiture du vieil homme.

Accroupie près d’une roue.

Le silence devint lourd.

Sophie murmura :

— Victoria… qu’est-ce que tu faisais ?

— Rien.

— On dirait que tu touches la voiture.

Victoria secoua la tête.

— Je ramassais quelque chose.

Élise fixa la clé USB.

Puis Maître Laurent.

— On peut lire ça ici ?

Il hocha la tête.

Un ordinateur portable fut apporté.

La clé fut insérée.

Un seul fichier apparut.

VIDÉO — DERNIER JOUR.

Victoria recula.

Élise le vit.

— Vous savez ce qu’il y a dessus.

— Non.

— Si.

Élise lança la vidéo.

Son grand-père apparut à l’écran.

Assis dans son bureau.

Fatigué.

Mais lucide.

— Élise, si tu regardes ceci, c’est que je n’ai pas eu le temps de tout t’expliquer.

Les yeux d’Élise se remplirent de larmes.

— J’ai découvert que quelqu’un détourne de l’argent du groupe depuis plusieurs années.

Victoria détourna le regard.

La vidéo continua.

— Mais l’argent n’est pas la raison pour laquelle j’ai peur.

Élise se pencha vers l’écran.

— J’ai découvert que la personne responsable a aussi falsifié certains documents concernant ta mère.

Élise se figea.

— Ma mère ?

Maître Laurent fronça les sourcils.

Victoria devint encore plus pâle.

Sur l’écran, le vieil homme poursuivit :

— On t’a toujours dit qu’elle était morte lorsque tu étais enfant.

Élise porta une main à sa bouche.

— Ce n’est pas vrai.

Le silence devint absolu.

Élise murmura :

— Quoi ?

— Ta mère est vivante.

Ses jambes faillirent céder.

Maître Laurent la soutint.

La vidéo continua :

— Et Victoria sait où elle est.

Tous les regards se tournèrent vers elle.

Victoria recula brutalement.

— Non.

Élise leva les yeux.

— Où est ma mère ?

— Je ne sais pas.

— Mon grand-père dit le contraire.

— Il mentait.

Élise cria :

— Où est-elle ?

Victoria se tut.

Puis Sophie la regarda avec horreur.

— Tu savais que sa mère était vivante ?

Victoria répondit :

— Ce n’est pas aussi simple.

Élise serra les poings.

— Alors rendez-le simple.

Victoria inspira profondément.

— Ta mère n’a pas été enlevée.

— Quoi ?

— Elle est partie volontairement.

Élise secoua la tête.

— Pourquoi ?

— Parce qu’elle avait peur.

— De qui ?

Victoria fixa la clé USB.

Puis répondit :

— De ton grand-père.

Élise resta figée.

— Vous mentez.

— Non.

— Il a passé sa vie à la chercher.

— C’est ce qu’il t’a raconté.

Élise sentit son cœur battre plus vite.

Maître Laurent intervint :

— Victoria, si vous avez des preuves—

— J’en ai.

Tout le monde se tut.

Victoria sortit son téléphone.

— C’est pour ça que je savais que cette soirée allait avoir lieu.

Élise fronça les sourcils.

— Qui vous l’a dit ?

Victoria ouvrit une conversation.

Puis tendit l’écran.

Élise lut.

Son visage devint blanc.

Les messages provenaient d’un contact enregistré sous le nom :

CLAIRE DELCOURT.

Sa mère.

Et le dernier message datait de ce matin.

Victoria, si Élise découvre la vérité ce soir, empêche-la d’ouvrir la clé USB. Elle n’est pas prête à savoir qui son père est réellement.

Élise resta pétrifiée.

— Ma mère vous a écrit ça ?

Victoria hocha lentement la tête.

— Oui.

— Elle est vivante ?

— Oui.

Les larmes coulèrent immédiatement sur les joues d’Élise.

— Où est-elle ?

Victoria ouvrit la bouche.

Mais avant de répondre, un nouveau bruit de moteurs retentit derrière eux.

Une dernière voiture noire venait d’entrer.

Elle ne faisait pas partie du convoi.

Les phares s’éteignirent.

La portière arrière s’ouvrit.

Une femme d’une cinquantaine d’années descendit.

Élise la regarda.

Son souffle se coupa.

Même visage.

Même regard.

Comme une version plus âgée d’elle-même.

Victoria murmura :

— Trop tard…

Élise fit un pas.

— Maman ?

La femme s’arrêta.

Puis répondit :

— Élise.

Mais au lieu de courir vers sa fille, elle regarda immédiatement la clé USB.

Son visage devint terrifié.

— Tu ne l’as pas ouverte jusqu’au bout, j’espère.

Élise fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Claire s’approcha.

— Parce que la dernière partie ne parle pas de Victoria.

Victoria ferma les yeux.

Élise serra la clé dans sa main.

— Alors de qui ?

Sa mère la regarda.

Puis regarda l’un des hommes descendus avec le convoi.

Un homme élégant d’une cinquantaine d’années.

Élise suivit son regard.

Claire murmura :

— De lui.

L’homme pâlit.

Élise demanda :

— Qui est-ce ?

Claire prit une profonde inspiration.

— L’homme qui t’a regardée grandir de loin pendant vingt-sept ans.

Élise sentit ses jambes trembler.

— Pourquoi ?

Claire ouvrit la bouche.

Puis répondit :

— Parce qu’il est ton—

Et à cet instant, toutes les lumières de la propriété s’éteignirent.

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