Nouvelles

Le jour de son mariage, Gabriel lui a révélé pourquoi il l’avait vraiment choisie

Camille avait imaginé ce jour pendant des années.

Le château, les fleurs blanches, la musique qui devait résonner dans la grande chapelle, les invités venus de toute la France.

Tout était prêt.

Tout sauf elle.

Quelques minutes avant la cérémonie, elle se tenait dans une chambre aux lourds rideaux dorés, vêtue de sa robe ivoire. Son reflet dans le miroir était celui d’une femme heureuse.

Mais lorsqu’elle regarda Gabriel, elle comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas.

Il était debout près de la fenêtre, le visage fermé.

— Gabriel… pourquoi voulais-tu me parler avant la cérémonie ?

Il baissa les yeux.

Puis il inspira profondément.

— Parce que je ne peux plus te mentir.

Camille sentit son cœur se contracter.

— Me mentir ? À propos de quoi ?

Gabriel releva enfin les yeux vers elle.

— À propos de nous.

Le silence devint lourd.

Camille recula légèrement.

— Tu me fais peur.

Il ne répondit pas.

— Dis-moi simplement une chose.

Sa voix trembla.

— Tu m’aimes encore ?

Gabriel resta silencieux.

Et ce silence lui fit plus mal que n’importe quelle réponse.

Une larme glissa sur sa joue.

— J’ai attendu ce jour toute ma vie…

Elle tenta de sourire, mais sa bouche trembla.

— Et maintenant, tu me regardes comme une étrangère.

Gabriel serra les poings.

— Camille, notre rencontre n’était pas un hasard.

Elle se figea.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Je savais qui tu étais avant même de te rencontrer.

Son visage devint blanc.

— Pourquoi ?

Gabriel hésita.

Puis il dit enfin :

— Parce que ton père m’a demandé de le faire.

Camille resta pétrifiée.

— Mon père ?

Elle secoua la tête.

— Mon père est mort il y a dix ans.

Gabriel répondit très doucement :

— C’est ce que tout le monde croit.

Le sol sembla disparaître sous ses pieds.

— Gabriel… qu’est-ce que tu sais ?

Il s’approcha.

— Ton père est vivant.

Camille cessa de respirer.

— Non.

— Si.

— Non, j’ai assisté à son enterrement.

— Le cercueil était fermé.

— Parce que l’accident avait été violent.

— C’est ce qu’on t’a dit.

Camille le fixa, incapable de comprendre.

— Pourquoi aurait-il simulé sa mort ?

Gabriel regarda la porte, comme s’il craignait que quelqu’un écoute.

Puis il murmura :

— Parce qu’il savait qu’on allait essayer de le tuer.

Camille sentit un frisson.

— Qui ?

— Quelqu’un de ta famille.

Elle fronça les sourcils.

— Ma famille ?

Gabriel hocha la tête.

— Ton père avait découvert un système de détournement d’argent dans l’entreprise familiale.

— Et alors ?

— Il préparait des preuves.

— Contre qui ?

Gabriel hésita.

Camille le vit.

— Dis-le.

— Contre ton oncle Étienne.

Elle recula.

— C’est impossible.

Étienne avait élevé Camille après la mort de son père.

Il lui avait payé ses études.

Il l’avait accompagnée lors de chaque anniversaire.

Il devait même la conduire jusqu’à l’autel dans quelques minutes.

— Tu mens.

— J’aimerais.

Camille essuya ses larmes.

— Pourquoi mon père t’aurait-il contacté, toi ?

Gabriel baissa les yeux.

— Parce que je travaillais pour lui.

— Avant de me connaître ?

— Oui.

— Comme quoi ?

— Comme enquêteur.

Camille eut un rire nerveux.

— Tu veux dire que tu m’as approchée pour lui ?

— Oui.

Cette fois, la douleur fut plus forte.

— Donc tout était faux.

— Non.

— Notre rencontre ?

— Organisée.

— Nos premiers rendez-vous ?

— Au début, oui.

— Le voyage à Rome ?

Gabriel ferma les yeux.

— Au début, je devais simplement te protéger.

Camille sentit ses larmes couler davantage.

— Et le mariage ?

Gabriel la regarda.

— Le mariage n’était pas prévu.

— Pourtant mon père te l’a demandé.

— Il m’a demandé de rester près de toi. Pas de tomber amoureux de toi.

Camille détourna le regard.

— C’est pratique.

— Camille…

— Ne me touche pas.

Gabriel s’arrêta.

Elle regarda sa robe.

Puis son alliance posée sur une petite table.

— Pourquoi aujourd’hui ?

— Parce que ton père m’a contacté hier soir.

Camille se retourna brusquement.

— Hier ?

Gabriel hocha la tête.

— Il m’a dit que quelqu’un avait découvert qu’il était encore vivant.

— Qui ?

— Il ne me l’a pas dit.

— Et il t’a demandé quoi ?

Gabriel resta silencieux.

— Gabriel.

— D’annuler le mariage.

Camille resta immobile.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il pense que ta vie est en danger.

À cet instant, quelqu’un frappa à la porte.

Trois coups.

Lents.

Camille et Gabriel se regardèrent.

— Qui est-ce ? demanda-t-elle.

Aucune réponse.

Puis une enveloppe glissa sous la porte.

Gabriel se précipita.

Camille la ramassa avant lui.

— Attends.

— Donne-la-moi.

— Non.

Elle ouvrit l’enveloppe.

À l’intérieur, une photographie.

Son père.

Vivant.

Debout devant une gare.

La photo datait de trois jours plus tôt.

Au dos, un message.

Camille, ne descends pas à la chapelle.

Ses mains commencèrent à trembler.

Puis elle lut la deuxième ligne.

Gabriel ne t’a pas tout dit.

Elle leva lentement les yeux vers lui.

— Qu’est-ce que tu ne m’as pas dit ?

Gabriel pâlit.

— Camille…

— Quoi ?

— Ton père ne m’a pas seulement demandé de te protéger.

— Alors quoi ?

Il détourna les yeux.

— Il m’a demandé de découvrir si tu étais vraiment sa fille.

Le silence devint glacial.

Camille le fixa.

— Quoi ?

— Il avait des doutes depuis avant sa disparition.

— Des doutes sur quoi ?

Gabriel répondit :

— Sur ta naissance.

Camille sentit ses jambes faiblir.

— Tu veux dire quoi ?

— Ton père croyait que ta mère avait eu une liaison.

— Avec qui ?

Gabriel ne répondit pas.

Camille s’approcha.

— Avec qui ?

Il murmura :

— Étienne.

Son oncle.

Camille recula brutalement.

— Non.

— Je suis désolé.

— Non.

— Camille—

— Tu es en train de me dire que l’homme qui m’a élevée pourrait être mon père biologique ?

Gabriel hocha très légèrement la tête.

Elle porta une main à sa bouche.

Puis un autre détail lui revint.

— Alors pourquoi mon père t’a demandé de m’épouser ?

Gabriel devint encore plus pâle.

— Il ne m’a pas demandé de t’épouser.

Camille fronça les sourcils.

— Tu viens de dire—

— J’ai menti.

— Pourquoi ?

Il ferma les yeux.

— Parce que la vérité est pire.

Camille sentit un nouveau frisson.

— Quelle vérité ?

Gabriel prit une profonde inspiration.

— Ton père m’a demandé de me rapprocher de toi parce qu’il pensait que quelqu’un finirait par essayer de t’épouser pour accéder à ton héritage.

Camille regarda sa robe.

— Quel héritage ?

Gabriel répondit :

— Celui que tu recevras à trente ans.

— Je n’ai jamais entendu parler de ça.

— C’était volontaire.

— Combien ?

Il hésita.

— Plus de soixante millions d’euros.

Camille resta muette.

— Pourquoi personne ne m’a jamais rien dit ?

— Parce que l’argent vient d’un trust créé par ton grand-père.

— Et quel rapport avec le mariage ?

Gabriel la regarda droit dans les yeux.

— Si tu meurs avant tes trente ans, une partie de cet argent revient à ton conjoint légal.

Le silence tomba.

Camille sentit toute la chaleur quitter son corps.

— Tu savais ça.

— Oui.

— Depuis quand ?

— Depuis le début.

Elle le gifla.

Gabriel ne bougea pas.

— Alors peut-être que toi aussi tu voulais cet argent.

— Non.

— Comment veux-tu que je te croie ?

Il sortit lentement quelque chose de sa poche.

Une clé USB.

— Parce que ton père m’a envoyé ça hier.

— Qu’est-ce que c’est ?

— La liste des personnes qui ont essayé de savoir quand nous nous marierions.

Camille la fixa.

— Et ?

— Ton oncle Étienne est dessus.

Elle ferma les yeux.

Puis elle entendit la musique commencer au loin.

La cérémonie.

Les invités attendaient.

Quelqu’un frappa de nouveau.

Cette fois, une voix.

— Camille ?

Étienne.

Son oncle.

Son possible père biologique.

Elle regarda Gabriel.

— Il est là.

— N’ouvre pas.

Étienne parla derrière la porte.

— Tout le monde t’attend.

Camille ne bougea pas.

Puis son téléphone vibra.

Un numéro inconnu.

Un message.

Si Étienne est devant la porte, ne lui dis surtout pas que tu sais.

Camille pâlit.

Un second message apparut.

Je suis dans le château.

Elle leva les yeux.

— Mon père est ici.

Gabriel se figea.

— Quoi ?

Un troisième message.

Et je ne suis pas venu arrêter ton mariage.

Camille sentit son cœur s’emballer.

Puis la dernière phrase s’afficha :

Je suis venu empêcher un meurtre.

Derrière la porte, Étienne frappa encore.

— Camille ?

Gabriel se plaça devant elle.

— Quoi qu’il arrive, reste derrière moi.

Camille regarda sa robe de mariée.

Puis la photographie de son père.

Puis la porte.

Quelques minutes plus tôt, elle pensait que la pire chose qui pouvait lui arriver était de découvrir que son futur mari lui avait menti.

Elle comprenait maintenant que leur mariage n’était peut-être pas une célébration.

C’était peut-être un piège.

Et quelqu’un dans le château savait déjà exactement qui devait mourir avant la fin de la journée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *