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Le vieil homme n’avait pas assez d’argent pour ses médicaments — mais l’appel de son fils a tout bouleversé

Robert resta immobile devant le comptoir de la pharmacie.

Trois boîtes étaient posées devant lui.

Trois traitements prescrits le matin même.

Trois dépenses qu’il n’avait tout simplement pas les moyens de payer.

Il sortit de sa poche quelques billets froissés, puis des pièces.

Claire, la jeune pharmacienne, attendit en silence.

— Combien pour les trois boîtes ? demanda Robert.

Elle vérifia l’écran.

— Quatre-vingt-six euros, monsieur.

Robert recompte son argent.

Une fois.

Puis une deuxième.

Enfin, il murmura :

— Je n’en ai que quarante.

Claire baissa les yeux.

Robert observa les trois boîtes.

Puis il en repoussa deux.

— Donnez-moi seulement celle-ci.

— Mais monsieur… les trois figurent sur votre ordonnance.

— Je sais.

Il hésita.

— Mais je dois aussi acheter à manger.

Claire ne répondit pas.

À quelques mètres, le docteur Martin venait d’entendre la conversation.

Il s’approcha.

— Il y a un problème ?

Claire expliqua doucement :

— Monsieur n’a pas assez pour tout son traitement.

Martin regarda Robert.

— Ces médicaments sont importants. Vous ne devriez pas interrompre le traitement.

Le vieil homme releva les yeux.

Son expression changea.

— Vous pensez que je ne le sais pas ?

Martin resta silencieux.

Robert serra ses billets dans sa main.

— Ma femme est malade.

Claire fronça légèrement les sourcils.

— Elle aussi suit un traitement ?

Robert hocha la tête.

— Depuis deux ans.

Il montra les quelques euros qui lui restaient.

— Chaque euro que je garde est pour elle.

Sa voix se brisa.

— Elle ne sait même pas que je saute parfois mes propres médicaments.

Claire sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Monsieur…

Robert secoua la tête.

— Ne me regardez pas comme ça.

Il prit la seule boîte qu’il pouvait payer.

— Je reviendrai le mois prochain.

Martin voulut répondre.

Mais Robert s’était déjà éloigné.

Il s’arrêta près des portes vitrées.

Puis sortit un vieux téléphone.

Il resta longtemps à regarder l’écran.

Claire remarqua ses doigts tremblants.

Enfin, Robert composa un numéro.

Quelqu’un décrocha.

— Allô ?

Robert ferma les yeux.

— C’est papa.

Silence.

Long silence.

Puis il murmura :

— Je suis désolé de t’appeler après toutes ces années.

Martin releva la tête.

Quelque chose dans cette phrase le troubla.

Robert continua :

— Je ne te demanderais pas si je pouvais faire autrement.

Une voix masculine répondit au téléphone.

Robert se figea.

— Comment… comment sais-tu où je suis ?

Claire regarda Martin.

Robert tourna lentement la tête vers l’entrée de la pharmacie.

Une silhouette se trouvait derrière les portes vitrées.

Un homme d’une quarantaine d’années.

Costume sombre.

Téléphone à la main.

Robert cessa presque de respirer.

— Julien ?

L’homme entra.

Robert ne bougea plus.

Son fils.

Celui qu’il n’avait pas vu depuis neuf ans.

Julien raccrocha son téléphone.

Puis s’approcha.

— Papa.

Robert baissa les yeux.

— Tu es venu.

— Oui.

— Pourquoi ?

Julien regarda la boîte dans sa main.

— Parce que tu ne dois surtout pas prendre ça.

Martin intervint immédiatement.

— Excusez-moi ?

Julien leva les yeux.

— Vous êtes le pharmacien responsable ?

— Oui.

— Alors vérifiez cette boîte.

Martin fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Julien sortit son propre téléphone.

— Parce que ce médicament ne correspond pas à celui que mon père devait recevoir.

Robert devint pâle.

— Comment tu sais ça ?

Julien répondit :

— Parce que j’ai accès à ton dossier médical.

Le silence tomba.

Robert le regarda avec incompréhension.

— Depuis quand ?

Julien hésita.

— Depuis hier.

— Pourquoi hier ?

— Parce que maman m’a appelé.

Robert se figea.

— Ta mère ?

— Oui.

— Elle ne t’a pas parlé depuis des années.

— Justement.

Julien s’approcha.

— Elle m’a dit que tu étais malade.

Robert détourna les yeux.

— Elle n’aurait pas dû.

— Elle m’a aussi dit que tu avais commencé un nouveau traitement.

Martin prit la boîte.

Il lut attentivement l’étiquette.

Puis son visage changea.

— Attendez.

Claire s’approcha.

— Quoi ?

Martin compara le nom avec l’ordonnance.

— Ce n’est pas la bonne molécule.

Robert pâlit.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Martin répondit lentement :

— Le nom du patient est correct.

— La prescription aussi.

— Mais le médicament à l’intérieur ne correspond pas.

Claire prit la boîte.

— Une erreur de préparation ?

Martin secoua la tête.

— Ce serait possible pour une boîte.

Puis il regarda les deux autres.

Il les ouvrit.

Son expression devint encore plus grave.

— Les trois sont incorrectes.

Julien serra les mâchoires.

— Voilà.

Robert sentit son cœur accélérer.

— Quelqu’un s’est trompé ?

Julien regarda son père.

— Non.

— Comment peux-tu en être sûr ?

Il sortit plusieurs photographies de son téléphone.

— Parce que tu n’es pas le seul.

Martin fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Quatre autres patients.

— Tous ont reçu des boîtes portant la bonne étiquette.

— Mais avec le mauvais contenu.

Claire devint blanche.

— Où avez-vous obtenu ces informations ?

Julien hésita.

Puis il répondit :

— Je travaille pour l’agence qui enquête sur cette série d’incidents.

Robert resta figé.

— Tu travailles pour quoi ?

Julien le regarda.

— La sécurité sanitaire.

Robert eut un rire nerveux.

— Et tu ne m’as jamais dit ça ?

— On ne se parlait plus.

Le silence revint.

Robert baissa les yeux.

— C’était ma faute.

Julien ne répondit pas.

— J’ai été trop fier.

— Papa…

— Je t’ai laissé partir.

— Ce n’est pas le moment.

Robert serra la boîte dans sa main.

— Alors pourquoi m’as-tu appelé seulement maintenant ?

Julien regarda Martin.

Puis Claire.

— Parce que cette affaire vient de devenir personnelle.

Robert fronça les sourcils.

— Comment ça ?

Julien sortit une photo.

On y voyait plusieurs boîtes de médicaments alignées sur une table.

Toutes portaient le même numéro de lot.

Martin pâlit.

— Ce numéro…

— Oui.

— C’est celui de ces boîtes.

Claire regarda Julien.

— Qu’est-ce qui ne va pas avec ce lot ?

Il répondit :

— Il n’aurait jamais dû être distribué.

Robert resta immobile.

— Pourquoi ?

Julien prit une profonde inspiration.

— Parce qu’il a été déclaré détruit il y a six mois.

Martin recula.

— C’est impossible.

— C’est pourtant ce que disent les registres.

Robert demanda :

— Alors comment ces médicaments sont-ils arrivés ici ?

Julien le regarda.

— C’est ce qu’on essaie de découvrir.

Puis il ajouta :

— Et il y a pire.

Le visage de Robert se durcit.

— Quoi ?

Julien ouvrit un autre document sur son téléphone.

— Les quatre patients concernés avaient tous un point commun.

— Lequel ?

Julien regarda son père.

— Ils étaient tous suivis par le même médecin.

Martin fronça les sourcils.

— Qui ?

Julien hésita.

Robert sentit son ventre se nouer.

— Julien.

— Dis-le.

Son fils répondit :

— Le docteur Lemaire.

Robert devint blanc.

Claire regarda Martin.

— Vous le connaissez ?

Robert murmura :

— C’est le médecin de ma femme.

Le silence devint brutal.

Julien hocha lentement la tête.

— Je sais.

Robert sentit ses jambes faiblir.

— Non…

— Papa—

— Non.

Il saisit son téléphone.

— Je dois appeler ta mère.

Julien posa une main sur son bras.

— Attends.

— Pourquoi ?

Julien le regarda.

— Parce qu’elle ne répond plus depuis ce matin.

Robert devint livide.

— Quoi ?

— Je suis passé chez vous avant de venir ici.

— Et ?

— La maison était vide.

Robert serra le comptoir.

— Où est-elle ?

Julien secoua la tête.

— Je ne sais pas.

— Tu veux dire qu’elle a disparu ?

— Oui.

Martin regarda la boîte.

Puis Julien.

— Vous pensez que tout est lié ?

Julien répondit :

— J’en suis presque certain.

Robert ferma les yeux.

Sa femme.

Ses médicaments.

Le médecin.

Tout semblait soudain faire partie de la même histoire.

Puis le téléphone de Julien vibra.

Il regarda l’écran.

Son visage changea.

— Quoi ? demanda Robert.

Julien ne répondit pas.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Il montra lentement le message.

Une photographie venait d’arriver.

On y voyait la femme de Robert assise dans une voiture.

Vivante.

Mais visiblement terrifiée.

Sous la photo, une seule phrase :

Si vous voulez la revoir, ne contactez pas la police et rapportez les trois boîtes.

Robert sentit son souffle se couper.

— Qui a envoyé ça ?

Julien regarda le numéro.

Puis pâlit.

— Ce n’est pas possible.

— Quoi ?

Julien releva lentement les yeux.

— Le message vient du téléphone du docteur Lemaire.

Robert resta figé.

Puis un second message apparut :

Et surtout, ne laissez pas Robert prendre son traitement. Il ne doit pas encore savoir pourquoi on lui a prescrit ces médicaments.

Robert regarda son fils.

— Pourquoi moi ?

Julien ne répondit pas.

— Julien… qu’est-ce qu’on me cache ?

Son fils inspira profondément.

— Papa, avant de répondre…

Il regarda les trois boîtes.

Puis son père.

— Il faut que tu saches une chose sur le diagnostic qu’on t’a donné la semaine dernière.

Robert sentit son cœur battre plus fort.

— Quoi ?

Julien ouvrit la bouche.

Mais à cet instant, les portes vitrées de la pharmacie s’ouvrirent.

Un homme entra.

Blouse blanche.

Manteau sombre.

Visage fermé.

Robert le reconnut immédiatement.

Le docteur Lemaire.

Et dans sa main…

il tenait le téléphone de la femme de Robert.

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