Élise avançait difficilement sur le trottoir, appuyée sur ses deux béquilles.
Chaque pas lui demandait un effort.
Sa jambe gauche était encore fragile depuis l’accident survenu quelques semaines plus tôt, mais elle refusait de rester enfermée chez elle.
Derrière elle, Victoria marchait d’un pas rapide.
— Tu pourrais avancer plus vite !
Élise tourna légèrement la tête.
— Je fais ce que je peux…
Victoria leva les yeux avec agacement.
Puis, sans prévenir, elle posa une main dans son dos et la poussa.
Élise perdit immédiatement l’équilibre.
Ses béquilles glissèrent.
CLAC !
Elle tomba lourdement.
— Ah !
Une douleur violente traversa sa jambe.
Victoria resta debout devant elle.
— Je t’avais dit de bouger.
Élise releva les yeux, bouleversée.
— Pourquoi vous avez fait ça ?
Victoria haussa les épaules.
Mais avant qu’elle puisse répondre, un homme arriva en courant.
— Vous êtes complètement folle ?!
Marc venait de voir la scène.
Il lança un regard furieux à Victoria, puis s’agenouilla devant Élise.
— Mademoiselle, regardez-moi. Vous êtes blessée ?
Élise retenait ses larmes.
— Ça va… aidez-moi seulement à me relever.
Marc prit délicatement sa main.
Puis son regard s’arrêta.
Autour du poignet d’Élise se trouvait un vieux bracelet en argent.
Usé par le temps.
Et gravé dessus, un prénom.
DANY.
Marc cessa de bouger.
Son visage changea complètement.
— Dany… ?
Élise fronça les sourcils.
— Quoi ?
Marc fixa le bracelet.
— Pourquoi ce nom est-il là ?
Élise regarda son poignet.
— Je l’ai depuis que je suis enfant.
Marc devint livide.
Très lentement, il retroussa sa manche.
Puis il retourna son propre poignet.
Élise sentit son souffle se couper.
Sur sa peau, un tatouage ancien.
Le même prénom.
DANY.
Elle fixa Marc.
— Vous aussi… ?
Il hocha lentement la tête.
— Depuis vingt ans.
Élise oublia presque sa douleur.
— Mais qui est Dany pour vous ?
Le regard de Marc devint humide.
— La personne que j’ai cherchée pendant toutes ces années.

Élise resta immobile.
— Cherchée ?
Marc regarda encore son bracelet.
— Qui t’a donné ça ?
Élise hésita.
Puis répondit :
— Ma mère.
Marc fronça les sourcils.
— Quand ?
— Juste avant de disparaître.
Il pâlit encore davantage.
— Ta mère a disparu ?
Élise hocha la tête.
— J’avais sept ans.
Marc se figea.
— Sept ans…
— Oui.
— Quel était son nom ?
Élise le regarda.
— Danielle.
Marc cessa de respirer.
— Danielle quoi ?
— Danielle Morel.
Il recula légèrement.
— Non…
Élise sentit l’inquiétude monter.
— Vous la connaissiez ?
Marc ne répondit pas tout de suite.
Ses yeux fixaient le vide.
Puis il murmura :
— Dany était son surnom.
Élise resta bouche entrouverte.
— Ma mère ?
Marc hocha la tête.
— Oui.
Victoria, toujours présente, regardait maintenant la scène sans comprendre.
Élise se redressa légèrement.
— Comment connaissiez-vous ma mère ?
Marc inspira profondément.
— Elle était ma sœur.
Le silence tomba.
Élise fixa l’homme devant elle.
— Votre sœur ?
— Oui.
— Mais…
Elle secoua la tête.
— Ma mère m’a toujours dit qu’elle n’avait plus de famille.
Marc ferma les yeux.
— C’est parce qu’elle pensait que nous l’avions abandonnée.
— Pourquoi ?
Il regarda son tatouage.
— Il y a vingt ans, Danielle a disparu du jour au lendemain.
— Sans explication.
— Mon père a dit qu’elle avait fui avec quelqu’un.
Élise répondit :
— Elle n’a jamais parlé de ça.
— Elle t’a parlé de nous ?
— Non.
Marc sembla blessé.
— Jamais ?
— Jamais.
Un silence.
Puis Élise demanda :
— Pourquoi avez-vous tatoué son prénom ?
Marc regarda son poignet.
— Parce que je refusais de croire qu’elle était morte.
Élise sentit ses yeux se remplir de larmes.
— Elle ne l’était pas.
— Je sais maintenant.
— Elle a vécu encore longtemps.
Marc releva brusquement la tête.
— Combien ?
Élise hésita.
— Jusqu’à mes dix-neuf ans.
Le visage de Marc se décomposa.
— Elle était vivante pendant douze ans…
— Oui.
— Et personne ne m’a rien dit.
Élise secoua la tête.
Marc détourna le regard.
Puis il demanda :
— Comment est-elle morte ?
Élise resta silencieuse.
— Élise ?
— Elle n’est peut-être pas morte.
Marc la fixa.
— Quoi ?
— C’est ce qu’on m’a dit.
— Qui ?
Élise baissa les yeux.
— Victoria.
Marc se tourna lentement vers elle.
Victoria pâlit.
— Moi ?
Élise la regarda.
— Vous étiez amie avec ma mère.
Marc fronça les sourcils.
— Elle connaissait Danielle ?
Victoria recula d’un pas.
— Il y a longtemps.
Élise poursuivit :
— C’est elle qui m’a annoncé que ma mère avait disparu définitivement.
Marc se releva.
— Vous venez de dire “disparu”. Pas “morte”.
Victoria serra les mâchoires.
— Parce qu’on n’a jamais retrouvé son corps.
Élise fixa Victoria.
— Pourtant, vous m’avez toujours dit qu’elle était morte dans un accident.
Victoria ne répondit pas.
Marc se rapprocha.
— Qu’est-ce que vous cachez ?
— Rien.
— Vous venez de mentir.
— Non.
Élise regarda son bracelet.
Puis elle remarqua quelque chose.
Une minuscule ouverture sur le côté.
Elle ne l’avait jamais vue.
— Attendez…
Elle passa un ongle sous le métal.
Le bracelet s’ouvrit.
À l’intérieur, un morceau de papier plié.
Marc se pencha.
— Qu’est-ce que c’est ?
Élise le sortit.
Le papier était jauni.
Une phrase était écrite.
Si quelque chose m’arrive, retrouve Marc.

Élise leva lentement les yeux.
Marc resta pétrifié.
— Elle savait.
— Quoi ?
— Elle savait que tu finirais par me trouver.
Élise déplia le reste du papier.
Une autre ligne.
Ne fais jamais confiance à Victoria.
Le silence devint glacial.
Élise tourna lentement la tête.
Victoria recula.
— Ce n’est pas ce que vous croyez.
Marc s’approcha.
— Alors expliquez.
Victoria secoua la tête.
— Danielle avait peur.
— De quoi ?
— De votre père.
Marc se figea.
— Mon père ?
Élise fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Victoria prit une profonde inspiration.
— Parce que Danielle avait découvert quelque chose sur votre famille.
Marc serra les poings.
— Quoi ?
Victoria regarda Élise.
— Quelque chose qui concernait sa naissance.
Élise pâlit.
— Ma naissance ?
Victoria hocha lentement la tête.
— Danielle n’était pas seulement ta mère.
Élise fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Victoria hésita.
Marc la fixa.
— Parlez.
Elle répondit enfin :
— Elle t’a élevée.
— Mais elle ne t’a pas mise au monde.
Élise resta figée.
— Non…
— Si.
— Alors qui est ma mère ?
Victoria détourna le regard.
Marc regarda Élise.
Puis Victoria.
— Dites-le.
Victoria murmura :
— Ta vraie mère faisait partie de la famille de Marc.
Élise sentit son souffle se couper.
— Qui ?
Victoria resta silencieuse.
Marc devint très pâle.
— Attendez…
Il regarda Élise plus attentivement.
Ses yeux.
La forme de son visage.
Puis il recula.
— Non…
Élise le fixa.
— Quoi ?
Marc murmura :
— Tu ressembles à quelqu’un.
— À qui ?
Avant qu’il puisse répondre, le téléphone d’Élise vibra.
Numéro inconnu.
Un message.
Ne crois pas Victoria.
Puis un second.
Je suis vivante.
Élise devint blanche.
Marc regarda l’écran.
Un troisième message arriva.
Et Marc n’est pas ton oncle.
Élise leva lentement les yeux vers lui.
Marc resta immobile.
Puis le dernier message apparut.
Demande-lui ce qui s’est passé la nuit où tu es née.
Élise sentit ses mains trembler.
— Marc…
Il ne répondit pas.
— Qui suis-je réellement ?
Marc regarda Victoria.
Puis le bracelet.
Puis son propre tatouage.
Et pour la première fois, il comprit que le prénom « Dany » ne les avait peut-être pas réunis par hasard.
Il avait été laissé comme une piste.
Vers une vérité que quelqu’un avait essayé d’enterrer pendant vingt ans.
